Gouverner, est-ce inévitablement mécontenter ?

GOUVERNER, EST CE INEVITABLEMENT MECONTENTER ?


En 1990, F.Mitterrand alors président de la République Française disait que « Gouverner, ce n’est pas plaire ».

Si dans l’histoire récente française, nous pouvons constater un curieux regain de popularité des présidents après leurs mandats (Chirac par exemple), il est vrai qu’ils ne furent jamais épargnés durant leur mandature : cela était confirmé  avec les sondages d’opinions, qui créditaient Nicolas Sarkozy de seulement 27% d’opinion favorable parmi la population française sur son action politique.

Gouverner n’est donc pas une tâche aisée puisqu’elle donne une responsabilité au dirigeant d’assumer seul en cas d’erreur et de recevoir l’objectif ardu de satisfaire des groupes de personnes opposés en tout. On attend donc d’un dirigeant qu’il agisse pour tous et idéalement (utopiquement même) pour ne mécontenter personne.

Pouvons nous pour autant considérer que l’enjeu final du pouvoir politique est la satisfaction de l’opinion ?

Ou bien devons nous admettre que l’exercice du pouvoir est voué inévitablement, inexorablement, à mécontenter une grande partie de la population.

Ainsi, d’un certain point de vue, la satisfaction de l’opinion est l’objectif du pouvoir politique : d’abord parce que le groupe est dirigé et représenté par un dirigeant qui doit exercer le pouvoir pour augmenter le bien-être de la population. Ensuite pour maintenir sa légitimité, et la pérenniser. Et enfin, nous verrons que le détenteur du pouvoir peut également user de stratagèmes, pour satisfaire la population en la manipulant.

En premier lieu, donc, le dirigeant dans un système démocratique et républicain est élu pour satisfaire la population : sa sincérité en tant qu’élu est mise à l’épreuve durant son mandat, dans le sens où son ambition personnelle ne devrait pas jouer dans les décisions politiques (dans l’absolu).

Pour autant cette vision peut paraître utopique ailleurs dans le monde, en effet excepté sous un système républicain, le dirigeant n’est pas choisi pour ses talents de gouvernance, ni même pour ce que l’on appelle sa légitimité charismatique : soit il a reçu héréditairement le pouvoir, soit il l’a obtenu par un coup de force. On peut noter que le royalisme, ou le despotisme (s’il est éclairé) peuvent aussi avoir pour objectif et/ou devoir de satisfaire la population.

De surcroît, la satisfaction de l’opinion publique est importante pour le dirigeant pour légitimer son pouvoir politique, ou le perpétuer.

Gouverner semble impossible sans un certain appui de la population. Rousseau écrit à ce sujet, dans  »Du contrat social » :

«  le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maitre s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir ».


En satisfaisant le peuple, le dirigeant va donc confirmer ce que Weber appelle la légitimité traditionnelle s’il tient le pouvoir par sa naissance, soit confirmer sa légitimité légale s’il a été élu comme représentant du peuple lors d’un vote démocratique.

Dans ce dernier cas, la satisfaction de l’opinion peut également servir à se faire réélire à la fin de son mandat (ce n’est d’ailleurs pas rare de voir un président effectuer deux mandats, Berlusconi en Italie, Bush jr. aux USA et en France Chirac et Mitterrand).

Toujours dans une optique de satisfaction, le politicien peut utiliser des artifices, et ainsi franchir le pas existant entre satisfaction et manipulation de l’électorat.

Les exemples de ces techniques sont légions dans l’histoire moderne, à différentes échelles : censure, désinformation, bourrage de crâne et propagande.

Les autoritarismes, en particulier ceux de la première partie du 20eme siècle ont appliqués ces méthodes grâce à un contrôle strict des médias : cela leur a permis de faire adhérer un nombre gigantesque de personne à leurs idéologies pourtant quelquefois criminogènes. Hitler et Goebbels, son ministre de la propagande, étaient passés maîtres en la matière : le charisme d’Hitler couplé à une propagande omniprésente a permis de faire passer un message expansionniste et antisémite.

La disparition du chômage (soit dit en passant principalement due à la préparation à la guerre) et la renaissance de « l’Empire Allemand » occultaient complètement la création des camps d’exterminations.
 Des camps qui, en enfermant les opposants politiques du NSDAP, empêchaient toute opposition politique : peu et mal informée, une partie de la population allemande était alors facile à manipuler.

Nous avons donc vu que, pour des objectifs bien différents, les dirigeants ont tout intérêt à satisfaire le plus possible la population. Il est cependant évident qu’une situation où la totalité de la population serait satisfaite du gouvernement est inimaginable et donc que gouverner implique forcément de mécontenter une partie (plus ou moins importante) de la population : d’abord parce que le gouvernement reçoit la responsabilité des échecs de son pays (quelque soit sa responsabilité dans le domaine). Mais aussi par les caractères forcément opposés qui composent la population : ce qui plaira à l’un, ne plaira pas à l’autre. Enfin il arrive que le gouvernement se voit obligé de faire des choix peu populaires dans la population.

Les conséquences des échecs du groupe échoient souvent au dirigeant, quel que soit son degré de responsabilité : le chômage, les salaires, les conditions de travail, le pouvoir d’achat etc.

Il est certain d’autre part que la politique étrangère influence peu l’opinion, en tout cas beaucoup moins que la politique intérieure, qui reste la principale préoccupation des couches moyennes et basses de la population. Dans les sociétés dites « mondialisées » et « libérales » la situation économique et sociale est loin d’être due à la politique du chef de l’Etat, surtout dans le cas des membres de l’Union Européenne. Mais il peut réagir, ce qu’a fait Nicolas Sarkozy ces derniers mois pour contrecarrer la crise qui a frappé l’Europe, et maintenir les retraites, les salaires, l’épargne des Français

D’autre part, les sentiments d’oppositions idéologiques entre les êtres font partie de la nature humaine.

En gouvernant, c’est à dire en prenant les décisions, le dirigeant ne peut que créer deux groupes opposés (souvent sensiblement égaux en nombre).

On retrouve les principaux sujets d’opposition avec les grandes questions de société, opposant naturellement conservateurs et progressistes.

Lorsque F.Miterrand abolit la peine de mort, seul 40% de la population y est favorable; lorsque certains pays légalisent certains écarts, apparaît souvent ce phénomène d’opposition, cristallisé par un débat public souvent long et fastidieux.

Avec le recul, certaines décisions sont néanmoins perçues différemment en France. Et peu de gens aujourd’hui sont opposés à l’IVG par exemple, alors que le débat a fait rage dans les années 70.

Enfin le « chef » peut devoir prendre des décisions non populaires dans la population, et pourtant nécessaires.

Un bon exemple serait de citer les politiques européennes dans les années 80 où les plans d’austérités, très en vogue (excepté en France) dans les pays industrialisés et pourtant impopulaires, se révélèrent bien plus efficaces que le plan de relance Mauroy porté par Mitterrand en France qui fut catastrophique : inflation, explosion de la dette publique, hausse du pouvoir d’achat et donc de la demande non compensée par l’offre (ce qui a profité à nos voisins) etc.

Ainsi la population se satisfait souvent du court terme, alors que le dirigeant doit lui voir à long terme et anticiper les conséquences. « La volonté générale veut le bien, mais ne le voit pas toujours » disait Rousseau.

Ainsi, nous avons constaté que si le dirigeant a besoin pour diverses raisons de la satisfaction de la population, il est impossible de ne pas mécontenter une partie de la population, quelles que soient les stratégies utilisées.

Dans l’absolu, la satisfaction complète d’un groupe est impossible.
« Il n’y a dans l’homme que l’estomac à pouvoir être pleinement satisfait. […] Les désirs d’agréments et de confort ne peuvent jamais être apaisés ». Thomas Edison

Contact :      antionoma@gmail.com

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